Quand on pense aux douceurs sucrées des Vosges, les premières images qui viennent à l’esprit sont souvent la tarte aux brimbelles ou les confitures de fruits des sous-bois. Pourtant, le massif héberge aussi une tradition confiseuse bien réelle, construite autour d’un ingrédient que l’on associe moins spontanément à la région : les fruits à coque. Amandes et noisettes grillées, croquants cuits au chaudron de cuivre, pralinés façonnés dans des ateliers de montagne — cette confiserie artisanale occupe une place discrète mais vérifiable dans le paysage gourmand vosgien, aux côtés de maisons lorraines plus célèbres comme celles de la dragée de Verdun ou de la bergamote de Nancy.

Cet article se concentre sur ce que l’on peut affirmer avec certitude, en s’appuyant sur les deux confiseries artisanales du massif qui travaillent réellement l’amande et la noisette, avant d’élargir le regard vers les grandes traditions confiseuses lorraines qui, sans être strictement vosgiennes, éclairent le contexte régional dans lequel s’inscrit cette production locale.

La Confiserie des Hautes Vosges, une histoire de famille née à Plainfaing

L’adresse la plus documentée pour qui cherche une confiserie à l’amande et à la noisette véritablement fabriquée dans le massif se trouve à Plainfaing, petite commune des Hautes Vosges. La Confiserie des Hautes Vosges y a été fondée en 1986, lorsque Jean-Marie Claudepierre s’est associé à son frère Bernard et à sa sœur Marie-Jeanne pour reprendre l’activité de la Confiserie des Images d’Épinal, elle-même active depuis 1952. La famille s’est installée sur ses terrains familiaux, dans le village natal des Claudepierre, ce qui donne à cette maison un ancrage territorial fort, loin d’une simple implantation commerciale opportuniste.

La gamme de bonbons qui en est issue illustre bien la diversité du terroir vosgien : bourgeons de sapin, miel de sapin, myrtille, mirabelle, violette, anis, cerise, résine des Vosges — et, au milieu de ces parfums typiquement montagnards, des amandes et noisettes grillées ainsi que des croquants aux amandes, qui figurent parmi les produits phares de la maison. Ce ne sont pas des recettes inventées de toutes pièces : le croquant aux amandes appartient à un répertoire confiseur ancien et largement répandu en France, mais sa déclinaison vosgienne, cuite et façonnée sur place, mérite d’être connue au même titre que les bonbons aux plantes qui ont fait la notoriété de la maison.

L’ensemble de la gamme de bonbons vosgiens est encore cuite à partir de sucre et de sirop de glucose déposés dans des chaudrons en cuivre, puis versés sur une table chaude, où la pâte est travaillée et aromatisée avant moulage.

Cette description du savoir-faire, qui circule dans la presse régionale consacrée à la maison, résume bien ce qui distingue une fabrication artisanale de ce type d’une production industrielle : la cuisson à feu nu, le travail manuel de la pâte sur table chaude, et l’utilisation d’arômes naturels plutôt que de synthèse. Les matières premières elles-mêmes restent régionales dans leur grande majorité : le sucre de betterave provient d’Erstein et le sirop de glucose de maïs de Marckolsheim, deux sites alsaciens proches du massif vosgien.

Cette fidélité au geste artisanal a été officiellement reconnue en 2025, lorsque la Confiserie des Hautes Vosges a obtenu le label Entreprise du patrimoine vivant (EPV), une distinction d’État qui récompense les savoir-faire d’excellence transmis sur plusieurs générations. La maison, qui fête ses quarante ans en 2026, accueille aujourd’hui plusieurs centaines de milliers de visiteurs chaque année dans son espace de vente et de visite, preuve que cette confiserie de montagne a su dépasser le cadre strictement local pour devenir une étape touristique à part entière du massif.

Amandes et noisettes grillées, ingrédients des confiseries artisanales vosgiennes.
Amandes et noisettes grillées, ingrédients des confiseries artisanales vosgiennes.

La Confiserie Géromoise, le pari du bonbon biologique à Gérardmer

À quelques kilomètres de là, une seconde maison illustre une approche différente de la même matière première. La Confiserie Géromoise, installée à Gérardmer, a été fondée par deux frères originaires de la région, Justin et Manuel Wexler, qui ont choisi de se reconvertir dans la confiserie après des parcours professionnels distincts — Justin formé à la pâtisserie, Manuel venu du monde de l’informatique. Leur ambition, selon les éléments disponibles sur la maison, était de recréer un bonbon des Vosges à la fois artisanal et naturel, sans colorants ni arômes de synthèse ajoutés.

La gamme historique de la Géromoise reprend les parfums emblématiques du massif — myrtille, framboise, bourgeon de sapin, miel de montagne — mais la maison a également développé une offre de chocolats, amandes et noisettes pralinés, fabriqués dans ses propres ateliers de Gérardmer et certifiés issus de l’agriculture biologique. Cette orientation biologique, moins fréquente dans la confiserie traditionnelle que dans la pâtisserie, place la Géromoise sur un registre légèrement différent de celui de sa voisine de Plainfaing : la maison a d’ailleurs été distinguée par le critique gastronomique Gilles Pudlowski, qui lui a attribué le titre de confiseur de l’année. Pour élargir la comparaison aux chocolatiers et confiseurs artisanaux de l’Alsace voisine, on peut consulter ce guide des chocolatiers et confiseurs artisanaux d’Alsace.

Entre Plainfaing et Gérardmer, deux lieues de montagne et deux approches d’un même massif, c’est bien la preuve qu’une tradition confiseuse vivante existe dans les Vosges autour de l’amande et de la noisette — moins ancienne et moins documentée dans ses origines précises que celle des madeleines ou des nonnettes évoquées dans notre panorama des pâtisseries vosgiennes, mais tout aussi réelle dans sa pratique actuelle.

Pourquoi il faut être honnête sur l’absence d’une “confiserie vosgienne historique” nommée

Il serait tentant, pour les besoins d’un article, d’affirmer qu’il existe depuis des siècles une confiserie vosgienne consacrée aux amandes et aux noisettes, avec son nom propre et sa légende fondatrice, à l’image de la madeleine de Commercy ou de la bergamote de Nancy. Ce serait inexact. Les recherches disponibles ne permettent pas d’identifier de confiserie ancienne et nommée, née dans le massif vosgien avant le XXe siècle, qui serait spécifiquement vouée à l’amande ou à la noisette. Les deux maisons présentées plus haut, Hautes Vosges et Géromoise, sont des entreprises artisanales contemporaines — fondées respectivement en 1986 et dans les années 2010 — qui ont choisi d’intégrer ces fruits à coque à un répertoire plus large de bonbons de montagne, sans que cela constitue une tradition multiséculaire comparable à celle des grandes maisons lorraines voisines.

Cette honnêteté sur les limites du matériau vosgien pur impose d’élargir légèrement le regard, en toute transparence, vers les traditions confiseuses de la Lorraine dans son ensemble. Ces maisons ne sont pas situées dans le massif, mais elles éclairent le contexte régional et les techniques qui ont pu, par capillarité, influencer les artisans vosgiens eux-mêmes.

Croquants aux amandes fraîchement préparés dans un atelier de confiserie.
Croquants aux amandes fraîchement préparés dans un atelier de confiserie.

La dragée de Verdun, une tradition à base d’amande vieille de plusieurs siècles

Si l’on cherche une confiserie lorraine historique construite autour de l’amande, c’est à Verdun qu’il faut se tourner. La ville est considérée comme un berceau historique de la dragée, cette confiserie qui enrobe une amande entière d’une fine couche de sucre durci. Les traces documentaires remontent loin : un arrêt du Parlement de Metz, daté du 12 juillet 1644, réservait déjà aux seuls apothicaires le droit de confectionner des dragées, preuve que la pratique était suffisamment développée pour justifier une réglementation. Quelques années plus tard, en 1660, Colbert écrivait à Louis XIV qu’il se faisait à Verdun un grand commerce de dragées — une mention qui atteste, cette fois sans ambiguïté, de l’importance économique déjà acquise par cette spécialité au XVIIe siècle.

La maison Braquier, aujourd’hui la plus emblématique de cette tradition verdunoise, remonte à 1783, lorsque Jean Boivin s’installe comme confiseur-pâtissier rue Mazel à Verdun. En 1878, Édouard Boivin s’associe à Léon Braquier, donnant son nom actuel à la maison. La fabrication y suit un procédé long et minutieux : les amandes, traditionnellement de la variété Avola, sont triées à la main avant d’être enrobées progressivement dans une turbine, un procédé mécanisé depuis une invention de 1840 qui a marqué le passage à une production semi-industrielle sans pour autant renoncer au geste artisanal. La fabrication complète d’un lot de dragées dure environ une semaine, le temps nécessaire pour appliquer, couche après couche, le sucre qui viendra recouvrir l’amande.

La bergamote de Nancy, pour mémoire et par honnêteté comparative

Il serait incomplet d’évoquer la confiserie lorraine sans mentionner, même brièvement, la bergamote de Nancy — quitte à préciser immédiatement qu’elle ne contient ni amande ni noisette. Ce petit bonbon carré et ambré, composé exclusivement de sucre, de sirop de glucose et d’essence de bergamote, aurait été conçu à l’origine à la cour de Lorraine, installée à Nancy, pour parfumer l’haleine. Le cahier des charges de son indication géographique protégée cite une première mention écrite dans un ouvrage de 1751, Le Cannaméliste français, rédigé par un chef d’office de la cour ducale.

Les récits sur sa fabrication moderne divergent selon les sources, certaines évoquant une boutique fondée en 1845, d’autres une forme actuelle attestée dès 1857, mais un jalon reste solidement établi : c’est lors de l’Exposition universelle de 1909 que les premières boîtes métalliques sérigraphiées, ornées de la place Stanislas, ont ancré durablement ce bonbon dans l’identité visuelle de Nancy. En 1996, la bergamote de Nancy est devenue la toute première confiserie française à recevoir le label IGP, une reconnaissance qui a consolidé sa place de référence absolue de la confiserie lorraine — même si, encore une fois, son registre aromatique n’a rien à voir avec celui des amandes et noisettes travaillées dans le massif vosgien.

Un patrimoine confiseur à deux vitesses, mais bien réel

Au terme de ce panorama, l’image qui se dégage est celle d’un patrimoine confiseur régional à deux vitesses. D’un côté, des traditions lorraines anciennes et solidement documentées, comme la dragée de Verdun ou la bergamote de Nancy, portées par des siècles d’histoire, des mentions d’archives et des labels officiels. De l’autre, une pratique vosgienne plus récente mais tout aussi artisanale, portée par des familles comme les Claudepierre à Plainfaing ou les Wexler à Gérardmer, qui ont choisi d’intégrer l’amande et la noisette à un répertoire de bonbons de montagne construit autour des parfums caractéristiques du massif — sapin, myrtille, mirabelle, violette.

Ce n’est pas la même profondeur historique, et il serait malhonnête de prétendre le contraire pour “faire riche” en légende locale. Mais c’est, dans les deux cas, une fabrication réelle, vérifiable et toujours active aujourd’hui, qui mérite sa place aux côtés des autres douceurs vosgiennes déjà évoquées sur ce site — qu’il s’agisse de la madeleine de Liverdun ou des autres spécialités rassemblées dans notre panorama des pâtisseries du massif.

Composer une dégustation complète dans le massif

Pour qui prépare un circuit gourmand à travers les Vosges, associer la visite d’une confiserie artisanale comme celle de Plainfaing ou de Gérardmer à la découverte des pâtisseries traditionnelles du massif permet de construire une dégustation cohérente, qui mêle le sucré cuit (bonbons, croquants) et le sucré boulanger (madeleines, tartes aux brimbelles, nonnettes). Les deux registres ne se concurrencent pas : ils racontent, chacun à sa manière, l’attachement du massif à une production artisanale à taille humaine, loin des logiques de grande distribution.

Un détour par Verdun ou par Nancy, un peu en dehors du massif proprement dit, complète utilement ce tableau pour qui veut comprendre d’où viennent certaines techniques — le turbinage des dragées, la cuisson au chaudron de cuivre — qui, par capillarité régionale, ont pu inspirer les artisans confiseurs installés plus tard dans les Hautes Vosges. C’est, au fond, la meilleure façon d’aborder ce sujet : reconnaître ce qui est solidement attesté, signaler ce qui reste plus récent ou moins documenté, et laisser au visiteur le soin de juger sur place, bonbon en main, de la saveur de cette tradition sucrée à la noisette et à l’amande.